Le paradoxe Alonso

Publié le par Fab


Par Emmanuel Moine


 

« Alonso va nous manquer… Il fera toujours partie de la famille Renault… c’est un très grand champion ». Le Gp de Singapour se termine dans une humide nuit d’Automne, et les trémouleaux de la voix de Jean François Caubet, ému à plus d’un titre, au micro de TF1, vient de lâcher une bombe. Le pilote espagnol, idole de « France et de Navarre » quittera l’écurie au losange, pour rejoindre Ferrari, à la fin de la saison. A 28 ans « el nando », met fin à deux années de spéculations quant à son avenir au sein de l’écurie française. Avant le week-end prochain, date du prochain grand prix du Japon, où il s’est imposé pour la dernière fois avec Renault, l’annonce deviendra officielle, même si l’état major de la scuderia le susurre depuis qu’a éclaté le crash gate.  Il restera alors 3 courses au prodige espagnol au volant de cette voiture jaune en plein renouveau. Et pourtant, la reconstruction de 2010 sans Fernando Alonso marque la fin d’une ère. Retour sur sept années de passion, entre coups de génie et trahisons.

 

Issu d’une famille modeste, Fernando Alonso Diaz, né à Oviedo il y a près de 28 ans aurait du se destiner, en grand sportif, à taper dans le ballon rond ou dans la petite balle jaune, comme tous les petits enfants de son pays. Fils d’un fana de F1, Alonso débute le karting il y a 20 ans. Son talent le propulse, dans les différentes catégories juniors où il excelle et se fait remarqué par différents sponsors, dans un pays où la F1, à la différence de la moto, n’a toujours pas fait son trou. Son père, asphyxié par les dettes, voit son fils intégrer une monoplace, en Formule Nissan, sorte d’école de pilotage à l’espagnol. En 1999, pour sa première saison, il remporte le titre et se lie d’amitiés pour Adrian Campos (ndrl : fondateur du Projet Campos F1, nouvelle écurie en 2010) qui devient son manager. Le précurseur enseigne au jeune prodige les codes et les attitudes du show business automobile. Lorsqu’il intègre la F3000, en 2000, Alonso est soutenu par toutes les plus grandes multinationales ibériques. Santander, Repsol, MoviStar, les Alonso sont soutenus financièrement car le plus jeune est, déjà, un prodige. Ses performances et surtout la manière qu’il emploi à semer la zizanie, dans le peloton de tête, à Barcelone et Spa, le font remarquer aux yeux de tous. Une saison, seulement deux victoires mais Alonso est déjà pressentit pour devenir un très grand. Campos le présente à Briatore, qui voit en lui les millions de pesetas que son pays, un des plus dynamiques en Europe, apporterait, en même temps qu’un attachement à la discipline. A l’hiver 2001, l’italien réussi à lui décrocher un test pour Minardi, qui l’engage sur le champ. La saison est difficile, sans coups d’éclats, dans une voiture bien trop modeste. Poulain de Briatore, donc pilote candidat à un baquet du Renault F1 Team, Alonso y accepte un poste de pilote essayeur, en 2002, en concurrence directes, lors des « feux » séances d’essais privés, avec Button et Trulli, tout deux titulaires. Si Alonso surclasse ses ainés, Briatore accepte d’envoyer son poulain faire un test chez le concurrent Jaguar. L’espagnol laisse Irvine et De La Rosa sur le bord de la piste et Bernard Faure, qui souhaite imposer Bourdais à Briatore, ne peut que s’incliner devant le génie du taureau espagnol. L’opinion française, outrée, ne peut que constater la classe du jeune pilote, il est pilote titulaire Renault dès 2003 et fait taire les critiques, au bout de deux courses, en Malaisie, grâce à sa 1ère pole position.

Attaquant acharné, metteur au point intelligent, leader de caractère, Alonso remporte sa première victoire en 2003, à Budapest. La France, à qui il manque un pilote en championnat du monde se prend d’amour pour lui et le porte aux louanges. 2005 et 2006, c’est l’Alonsomania. Le pilote a muri, son caractère s’exprime, cette fois-ci aux yeux du monde. Attachant, tous les fanatiques français n’oublieront jamais ses paroles engluées de larmes, dans le tour d’honneur du GP du Brésil 2006, au soir de son deuxième titre mondial. L’anti-Schumacher jusque boutiste, rebelle quand la Fia le condamne injustement, fier lorsque les couleurs des Asturies coupe la ligne d’arrivée en vainqueur, Alonso convainc les puristes, qui voient en lui, la lignée d’un Senna. Budapest 2006 pourrait être le meilleur exemple, 15 dépassements en deux tours dont un extérieur, sous la pluie, sur le barron rouge. Ceci n’est pas sans rappeler Donington 1993. « Magic Alonso » est né. Sa passe d’arme, à Imola 2005, avec son pire ennemi, rappelle les plus belles heures de la discipline alors que la FIA luttait contre l’ennui depuis quelques années. Alonso sauve le spectacle et réveille la fierté nationale d’une écurie Renault jusqu’ici malmené. Les deux titres créés un petit engouement en France et réveille les aficionados endormis.

Mais l’Espagne, toute entière, ne croit pas à l’idylle de son pilote avec l’écurie française. La Renault n’est pas tout à fait la meilleure écurie du plateau, aux yeux des supporters ibériques. Pas assez de technologies, pas assez clinquante. A tord. Alonso cède aux conseils de son entourage et cède à l’appel des livres sterling de McLaren. Deux semaines après son titre, en 2005, il signe un contrat pharaonique pour la saison 2007. En interne, l’espagnol justifiera ironiquement son choix par une préférence pour une Mercedes de fonction au détriment de la Mégane qui lui était allouée, chez Renault. Loyal, Alonso se bat plus que jamais en 2006, son dernier titre de champion du monde. Toutefois, l’écurie est sous le choc, ses supporters français, abasourdies. 2007, l’année terrible. Ron Dennis l’évince au profit de son protégé, Hamilton. L’orgueil du « toro » en prend un coup. Les luttes internes ajoutées au climat de défiance, provoqué par le scandale d’espionnage que vous n’êtes pas sans connaitre, pourrissent la saison des flèches d’argent. Sur la piste Alonso perd son titre au profit de Raikkonen. Lorsqu’il déballe à la FIA tous les dessous du Spy gate, Alonso trahit toute une équipe, un arrangement est trouvé à l’amiable, Fernando retourne chez Renault pour 2008 et 2009. Son passage chez McLaren ternit son image. A son retour à Viry-Chatillon, on le dit Veinal, Hautain, Egoïste. Renault lui impose alors de nouvelles règles afin de mieux maitriser son image. Alonso doit parler français, par exemple.

 

Conférence de presse d’après course, dimanche dernier. « Je remercie toute l’équipe mais j’ai envie de dédier ce résultat à Flavio. Il est chez lui mais il a sa part dans les résultats que nous obtenons aujourd’hui. »  Provoc’, presque indécent, alors que Renault ne se voit pas sanctionné pour l’énorme scandale du crash gate, que le mot d’ordre est au profil bas, pourquoi Alonso dérape t’il ainsi ? Il n’est pas certain que ses mécaniciens ainsi que l’ensemble de l’équipe, pour la plupart soulagés du départ de Briatore, n’ai goûté à son court monologue. Qu’importe, l’espagnol sera, sans nuls doutes, habillé de rouge, dans quelques mois. Une nouvelle fois, il quittera Renault, usé par deux saisons de vaches maigres. Certes Renault ne lui a pas offert une voiture à la hauteur de son talent, mis à part en fin de saison dernière. Le losange perd son leader, sa gueule. A une heure où la véritable question porte sur l’avenir de Renault en F1, la séparation entre Alonso et sa « famille » est une nouvelle fois à déplorer. Puisqu’il « croit à l’avenir de Renault » pourquoi ne pas s’engager dans un nouveau challenge, en capitaine affirmé d’une écurie en reconquête. Beaucoup diront qu’Alonso n’a rien à envier au pilotage de Schumacher, et pourtant les supporters français regrettent, surement, la fidélité de l’allemand à l’écurie Ferrari. Renault sans Alonso, Alonso sans Renault, l’histoire ne sera plus la même. Il y a fort à parier que l’union du génie avec les rouges fera des étincelles. A 28 ans, Il serait étonnant de ne pas le voir finir sa carrière du côté de Maranello, mais la F1 peut encore nous révéler quelques surprises accompagnées de son lot de rebondissements.

Kubica, son hypothétique remplaçant, et meilleur ami du paddock (ndlr : Hamilton leur pire ennemi les appellent en off, les joueurs de cartes), pourrait apporter le panache et l’émulation qu’Alonso a tant prêché, 7 années durant. On aurait préféré les avoir tous les deux. Tanpis. Alonso gagnera sans doute encore beaucoup de courses et de titres, offrant une affiche, McLaren/Ferrari, des plus alléchantes. Si le schéma, Hamilton-Raikkonen, Alonso-Massa est respecté, alors le spectacle de 2010 ne sera que décuplé. La F1 en ressortira gagnante.

 

Ici subsiste le paradoxe Alonso, capable du pire (Hongrie 2007, Spy gate, Crash Gate ?) comme du génie, nous procurant joie, excitation mais frustration. Lorsqu’un pilote de sa trempe apporte autant à son sport, on est toujours tenté de se l’accaparer. Quand un pilote nous apporte à nous, France de la formule 1, déchue depuis de nombreuses années, autant de passion, on est forcément tenté de ne pas partager. Entre amour et désamour, on ne peut que souhaiter le meilleur à Fernando Alonso, non sans regrets… Pour nous seulement.

 

Publié dans articles de cazzu

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Manu-Cazzu 01/10/2009 12:23


Merci pour ton com pour commencer !!
Maintenant je vais justifier toutes mes idées !! lOoL!
En faite, je le vois bien rester longtemps. Les tifosi vont être fou de son caractère, de son panache. Alonso c'est un pilote  l'ancienne, pas un Hamilton ou un Vettel ou Rosberg (certes
très très très très talentueux)... Il a le sang plus chaud que kimi et sait, à sa différence, brosser dans le sens du poil !

Après tu as raison sur un point ! La rivalité avec  Massa!!! Mais il faut déjà savoir comment massa va reprendre la compéition et quand aussi!! peut-être que l'accident de massa a établit une
hierarchie chez les rouges, et je vois mal Massa en pilote n°1 et Alonso en bras droit ! Toutefois tu remarqueras que depuis la retraite de shumi, il n'y a plus de hierarchie chez Ferrari
(c'était une tradition négocié par Willi Weber!!).

Après pour ses talents de metteur au point... Je vais te dire, dire qu'il ne pense à Ferrari, depuis le début de l'année je n'y crois pas!!! C'est qu'une idée inventée par la presse française.
Pour te rendre compte de l'influence de Alonso regarde l'évolution de la voiture sur la saison 2008, et la différence avec 2007 !! Pareil McLaren en 2006 et en 2007 il n'y a rien a voir
!!! Ses principales qualités se retrouvent au niveau du Feedback (retour au ingénieurs), et surtout de l'impulsion qu'il donne à toute l'équipe, c'est un capitaine !!! D'ailleurs, cette
saison, Alonso met au point, non seulemet sa voiture mais aussi celle de son équipier, Grosjean ....
Quand au tandem RAikkonen/Hamilton, cava faire des étincelles et ca va peutetre calmer encore un peu plus le brittanique !    


HnHblF 01/10/2009 11:23



Il est beaucoup trop tôt pour le dire, mais on a du mal à croire que l'histoire d'Alonso et Ferrari marchera bien.
Il n'est pas un secret qu'Alonso exige d'être le n° un dans une équipe. Donc à moins que Ferrari espère pour une raison obscure que Masse ne revient pas ou du moins pas au top tel qu'il fut ; je
vois mal Massa rempiler tel qu'un n° deux dans son équipe. De plus Schumacher est toujours là et il est là pour Massa. La Scuderia ( l'équipe technique) restera à jamais derrière Schumacher,
donc Massa.
Je ne suis pas un expert, mais à ma connaissance il n'y a jamais eu une égalité entre deux pilotes Ferrari. Il y a toujours eu un numéro un et un numéro deux. Au contraire de McLaren, même si
nous n'avons pas encore eu l'accord signé entre Kimi et l'écurie, dès que l'annonce de la rumeur fut lancé, la scène a été unanime sur l'excitation du tandem et son homogénéité. Un tandem de pilotes qui va pousser l'un et l'autre d'aller plus haut vers l'excellence.


Je reconnais que Fernando Alonso est un battant, mais je ne peux pas dire que tel qu'on le présente dans les médias, un grand metteur au point. Je n'ai pas eu l'impression qu'il a fait évoluer la
Renault à vitesse grand V, j'ai même plus l'impression qu'il s'en fichait un peu et n'attendait que sa nomination chez les rouges.