Présentation

Les Videos

Syndication

  • Flux RSS des articles

Référencement de Qualité

Derniers Commentaires


 Par Emmanuel Moine

 

A écouter les médias du monde entier ; hors britanniques bien entendu ; Jenson Button est un champion sans mérite, un champion du monde qui n’en a que le titre, une sorte de « canada dry » lambda qui aurait mis le pilote automatique en marche pour triompher de la sorte. En 1996, à la même époque, Damon Hill, lui-même champion sur une voiture qui avait dominé le plateau avait subit les mêmes critiques avant de s’illustrer, en grand pilote, au fil de sa carrière. Avant tout, cet épisode est significatif d’un épiphénomène, tous les pilotes consacrés ne sont pas considérés à la même enseigne. Pour miniature-F1, je vais vous expliquer pourquoi Button est un grand pilote. Retour sur une carrière et une saison à contre courant.

On le compare souvent à son idole, James Hunt, légende des circuits et des clubs house baigné d’alcools et de femmes. Brawn aura eu ces mots à l’arrivée du GP du Brésil, dimanche dernier « Jenson a eu l’aura d’un Schumacher sur cette écurie tout au long de la saison ». Celui que l’on a présenté comme trop dilettante, attaquant et combatif uniquement lors des fêtes du Dimanche soir, dans les paddocks, lorsqu’en compagnie de son père, il faisait le tour des box pour arroser ses peines sportives, est entré dans la cour des grands comme 31ème champion du monde. D’accord, si l’on réfléchit, cette saison n’est pas des plus fameuses. Oui, son succès s’est bâtit sur les six premières courses, toutes presque facilement métamorphosées en victoires probantes. Et pourtant l’hommage de ses collègues, anciens détracteurs et pires ennemis ne fut qu’unanime.

« Un garçon qui va aussi vite et qui sait autant profiter de la vie, vous ne pouvez que l’envier… » (R.Schumacher). Autant vous le dire tout de suite, sans remettre d’ailleurs en cause la qualité de pilotage de son homologue anglais, mais un an après le sacre du, trop lisse, Lewis Hamilton, celui de Button apparait comme une bouffée d’air frais pour un sport mis à mal tout au long de la saison, entre polémiques et débats sur la réglementation et de son arbitrage. Cette joie, ce caractère si humain et proche d’un public en quête perpétuelle de reconnaissance vis-à-vis de ses idoles. Button a tout compris, peu de langue de bois, un goût prononcé pour la fête, pour la victoire le dimanche, les jolies filles… Il attire forcément notre sympathie, nous, qui sommes, bien souvent, nostalgiques des grands champions qui étaient avant tout des hommes, comme Cevert ou Hawthorne. Sur la piste, Pour rappel, Button n’est pas celui qui a signé le plus de pôles positions cette saison (4). Il a donc fallu, pour le pilote au plus grand nombre de victoires cette saison, aller chercher la plus haute marche du podium à chaque fois. Si Melbourne fut une promenade de santé, Kuala Lumpur a été gagné dans des conditions dantesques. A Bahreïn, alors que l’on croit l’avantage des Brawn réduit à néant, il domine a nouveau une course, en partant de la deuxième ligne. Que dire de sa victoire à Monaco, ou seuls les grands gagnent. Le tout en toute décontraction.

« Sa vitesse naturelle a toujours été bluffante pour chacun de ses coéquipiers » (G.Fisichella). C’est bien là que réside toute la force du sacre de Button cette saison. Il lui a fallu, en effet batailler contre son principal rival, celui qui possédait une voiture identique, Rubens Barrichello, car c’est bien ici qu’il a bâtit son titre mondial. On disait aussi que Damon Hill n’était pas le meilleur en 1996, mais à voitures égales, il avait surpassé le futur lauréat 97, Jacques Villeneuve. Cette saison, Rubinho Barrichello lui a donné du fil à retordre, d’autant qu’il ne faut pas oublier que Sébastian Vettel et les Red Bull n’ont, dans la hiérarchie pas été si éloigné des Brawn. Quelque part il en a presque toujours été ainsi. En omettant, ses saisons d’apprentissage chez Williams et Benetton, jamais Button n’a été inquiété par un de ses coéquipiers, les poussant à bout la plupart du temps. Chez Williams, Schumacher le trouvait trop turbulent, chez BAR, Villeneuve l’eu comparé à un Boys band. Depuis, Sato, Davidson, et maintenant Barrichello ont été ou sont priés de changer de trajectoires de carrières tant l’anglais les a rendu, presque, minable. Et on peut y voir ici, la marque d’un grand champion. Battre un Barrichello qui voyait là sa dernière chance, de grand pilote, de remporter un jour ce championnat, maitriser de bout en bout, un Vettel, sorte de futur Schumacher/Senna/Prost réunis, se voir adouber par le champion en titre, Hamilton, toutes ces preuves seront examinées à l’avenir avec beaucoup moins de mépris qu’à présent.

 « Un gars bien parmi les champions du monde et c’est rare et un grand qui a eu la chance d’être là ou il fallait au bon moment » (J.Trulli). Il est vrai que ce titre, un an plus tôt n’aurait pas été pronostiqué par aucuns bookmakers. N’importe qui aurait joué le titre avec la Brawn. Tout cela apparait comme une évidence. Et pourtant, a voir les difficultés qu’éprouve Barrichello à distancer Vettel au classement, il apparait que peu de pilotes aurait été champion du monde avec cette voiture, hormis les grands. Button est entré dans l’histoire de ce sport et il n’est plus impossible qu’il n’empile pas d’autres titres. D’ailleurs ne vous rappelle-t’il pas quelqu'un ? La ressemblance de style de pilotage et de trajectoire de carrière avec un certain Mika Hakkinen n’est plus à exclure.

 « Alonso est un de ces pilotes à l’ancienne, type gladiateur, Hamilton incarne plus le pilote moderne, genre ordinateur de bord, Button est différent en étant aussi rapide » (J.Villeneuve). Sa première victoire était en faite comme un avertissement.2006, la Hongrie, sur le circuit si technique et si piégeur du Hungaroring, sous une pluie battante, Button l’emporte là où Alonso, M. Schumacher, Raikkonnen s’emporte. Il fallait y voir un signe, celui d’un pilote au caractère un peu à part, mais au coup de volant aussi beau et fluide que de celui des grands puristes. En cas de faux pas des autres, il fallait compter sur lui. C’eu été le cas cette saison. Sa décontraction au volant d’une F1 lui a permis de faire cette carrière. Il le dit lui-même, il conduit par plaisir avant de conduire pour la gagne et l’on comprend toute la jouissance que piloter une F1 lui procure. Jamais un mot de trop, jamais de remontage de bretelles, à la différence d’un Alonso ou Kubica, en deux années cataclysmiques chez Honda, Jenson évitait déjà, à l’époque tout commentaires sur la défaillance de sa machine en évoquant sa passion pour ce sport. La première fois qu’il touche à une formule 1 c’est chez McLaren, fin 1999, grâce à sa désignation au McLaren Young Driver Award. 50 kilomètres d’intenses jouissance où aucun de ses tours ne sont chronométrés et aucunes télémétries mises à sa disposition. Button pilote avec son sens, sans technologie. Lorsque 4 mois après en 2000, Prost lui offre une chance de se tester grandeur nature, à Barcelone, il ridiculise Alesi et Heidfeld. Prost avouera des années plus tard sur le plateau d’auto critiques, que ce jour là Button ne demandera jamais aucun résultats au tour. Arraché par Franck Williams pour la saison 2000, aux mains des bleus, Button écartera notamment sur son passage l’éternel espoir Bruno Junqueira, qui était désigné à l’époque comme un des successeurs désignés du regretté Senna.  Les pilotes capables de marquer des points dès la deuxième course, il y en a peu. De mémoire, Prost occupa une très belle 6ème place lors de son premier GP. Button fit 5ème au Brésil la même année, second Gp de la saison. Button apporte de son flegme et  son titre marque, contrairement à ses illustres prédécesseurs cités par Villeneuve, le sacre d’un ancien gosse passionné de ce sport. Chose devenue rare aujourd’hui.

« Quand tu regardes sa qualité de dépassements, son coups de volants sur cette saison, impossible de penser que Button n’a jamais progresser… Il revient de loin et s’est construit seul » (A.Davidson). Il est un côté de l’anglais que l’on ne présente jamais. Celui à qui l’on a toujours prêter une certaine réussite, une certaine chance, a construit sa carrière dans la douleur et ce n’est pas les larmes de son père Johnny, ancien pilote de super cross et ancien mécanicien de Jacques Laffite, à l’arrivée du GP d’Interlagos, qui viendront trahir mes paroles. Button a lutté, aussi bien en karting lorsqu’il ne disposait pas d’un budget assez important pour faire toutes les courses de la saison mais qu’il parvenait tout de même à les remporter. Il a lutté de la même manière en F3 britannique. Et puis, rappelez-vous de son arrivée chez Williams en 2000. Sir Jackie Stewart avait dit à cette époque « que même un singe pourrait conduire sa monoplace tant les aides au pilotage faussait la difficulté de ce sport ». Il a essuyé les critiques pour une attitude pas assez froide et lisse. On l’a dit fini, toute l’Angleterre se moquant de lui. Pendant ce temps là, Jenson a travaillé, s’est affirmé et a assis son pilotage. Celui là même, que Paul Lemmens, son ancien patron en F3, lui a forgé pour devenir aujourd’hui sa marque de fabrique. Button a rongé son frein. La logique du début des années 2000 le plaçait bien devant Alonso et les Renault pour un titre en 2005. Puisque Logique et Honda ne rimait pas ensemble il en fut décontenancé, presque obligé de renoncer à un éventuel titre et à des années de travail de développement sur la voiture japonaise, pour rejoindre Williams (ndlr : le Button gate). Beaucoup se serait découragé. Pas lui. Bon nombre se serait perdu. Il a progressé.  Pour la première fois cette année, une voiture a semblé lui offrir la stabilité dont il rêvait tant.  Le playboy a muri et est devenu un homme. Cette victoire fait aussi plaisir à voir quand on pense que Johnny, le père, a tout sacrifié, jusqu’à son mariage, pour voir son fils triompher. Les Button se sont bâtis seuls, sans l’aide d’un constructeur, sans sponsorings de multinationales ou autres. Ce sont des enfants de la piste, prêts à tout pour ce jeu. En 1996 notamment, ils furent obligé de partir faire du karting en Amérique du nord pour financer sa participation au championnat SuperA (ndlr : championnat d’Europe de karting) qu’il remportera avec 4 victoires. Ils ont souffert, se sont donné du mal et si nous disposions d’un tel pilote, il ferait la fierté de notre pays, plutôt que les railleries qui lui sont adressées.

Terminons sur un dernier mot du grand Damon. « Jenson a en effet été catalogués comme moi comme un pilote champion du monde sur une voiture d’exception. J’ai pour ma part été considéré comme un vrai champion lors de mes exploits qui ont suivis à Budapest en 97 et à Spa en 98 ». Reste donc, à Jenson Button, de prouver ce qu’il vaut. Ne vous faites pas de doutes, il y arrivera, car prouver c’est ce qu’il lui est demandé depuis son plus jeune âge, même en étant champion du monde de F1. A 28 ans, on prédit le meilleur avenir à Alonso. A 29 ans, on ne peut que prévenir Alonso, que Button est bien là. Le plateau de pilotes engagées en 2010 n’a, en tout cas, pas été aussi beau depuis plusieurs décennies.

 

 

Par Fab - Publié dans : articles de cazzu
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires
Retour à l'accueil
 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés